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Concours Étudiant : Écris ton utopie !

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A l'occasion du 500e anniversaire de la publication de l'Utopie par Thomas More à Louvain, New Economist vous invite à l'utopie : étudiant, si tu as toujours voulu être un descendant caché de Thomas More, c'est le moment, on te donne une chance de coucher tes idées sur papier pour faire écho à cette œuvre qui a traversé les âges. Ton utopie doit nous parvenir avant le 17/04/2016 dernier délais (voir règlement et modalités en fin d'article).

1516, Louvain, Belgique. Un livre sort des presses de l'imprimeur Thierry Martens. Son titre, Utopia, est bien curieux. Mot formé d'une double racine grecque (u-topos), il signifie « lieu qui n'est nulle part ». Son auteur, Thomas More (1478-1535), serait-il fou ? On ne peut le croire. Bien que ce dernier est grand ami et correspondant de l'humaniste Érasme, auteur de L’Éloge de la Folie (1509), c'est un homme cultivé et habile comme en témoignent ses études de latin et de grec effectuées à Oxford.

Haut magistrat de l'Angleterre du roi Henri VIII, avocat des marchands de la City, sa très confortable situation et ses fonctions lui permettent de se cultiver, de voyager sur le continent, d'entretenir une intense correspondance avec les humanistes de l'Europe entière et... d'écrire.

C'est ainsi que More, au fil de ses réflexions et de ses échanges, va accoucher de ce curieux livre qui va se répandre comme une traînée de poudre au cœur de l'Europe : c'est un succès littéraire – un des premiers best seller européens ! – Louvain (1516), Paris (1517), Bâle (1518), Venise (1519)... L'ouvrage s'imprime aux quatre coins du continent puis va être traduit du latin, accélérant encore sa diffusion.

Utopia se compose de deux parties : la première, dystopique, critique ouvertement les monarchies européennes de l'époque ; l'autre, utopique, nous raconte combien les institutions et les mœurs des Utopiens – habitants de l'île imaginaire d'Utopie – sont parfaites et assurent l'harmonie, notamment grâce à l'absence de droits de propriétés, l'absence de classes sociales et des représentants élus.

Bien sûr, de telles idées, à cette époque, sont risquées – même pour un homme de la stature de More. Ainsi, l'auteur utilise – pour atténuer la gravité du propos et s'en dédouaner – des personnages fictifs qu'il insère dans des contextes, eux, bien réels – un peu à la manière de Voltaire dans Candide.

Le livre I de l'Utopie voit donc des personnages autre que More – qui est pourtant lui même présent dans le livre – se livrer à la critique contemporaine des institutions monarchiques.

Le livre II met en scène le récit du navigateur Raphaël Hytholdée à propos de son voyage en l'île d'Utopie. C'est donc à lui qu'il appartient de faire l'éloge de la « communauté des biens » et des institutions utopiennes. Hytholdée – nom grec inventé par More – signifie « expert en balivernes » ; doit-on, dès lors, croire ce qu'il nous raconte ?

L'auteur aime cultiver l’ambiguïté tout au long du livre. Ainsi, un observateur naïf pourrait prendre toutes les thèses exposées dans l'ouvrage comme étant celles de l'auteur, même lorsqu'elles sont exprimées par l'intermédiaire d'un avatar. Pourtant, ce n'est pas nécessairement le cas. Sans doute pour mieux brouiller les pistes, More fait douter le lecteur sur ses propos. Un des exemples – sans doute le plus marquant – se trouve à la fin de l'ouvrage : « Car si, d'un côté, je ne puis consentir à tout ce qui a été dit par cet homme, du reste fort savant sans contredit et très habile en affaires humaines, d'un autre côté, je confesse aisément qu'il y a chez les Utopiens une foule de choses que je souhaite voir établies dans nos cités. Je le souhaite plus que je ne l'espère. ». Fin ambiguë n'est ce pas ?

Un « livre-pont » dans l'Histoire de la pensée économique

Alors qu'attendre de Thomas More en tant qu'économiste ? L’œuvre de More est un « livre-pont » dans l'Histoire de la pensée économique. Pont entre l'Antiquité et le XIXe siècle, entre le « communisme primaire » de Platon et les communistes naturalistes du XVIIIe siècle, jusqu'à Karl Marx. On y retrouve, déjà, les idées centrales qui seront reprises par les révolutionnaires communistes du XXe siècle, lors de la mise en pratique de leurs idées : abolition de la propriété privée, planification de l'économie par l’État, société sans classes sociales... Ce petit livre « eu un retentissement considérable puisque tous les réformateurs sociaux des siècles suivants s'en inspireront. » constate Henri Denis, professeur émérite à l'Université de Paris I.

L'ouvrage apparaît à une époque charnière où le modèle mercantiliste commence à montrer des signes inquiétants de fatigue : hausse des inégalités sur fond d'antagonismes entre souverains ce qui favorise les conflits et fragilise grandement le tissu social.

Utopia évoque le phénomène des « enclosure » qui se déroule à la même époque en Angleterre. Les prix de la laine sont maintenus élevés par la présence d'un oligopole entraînant une intense transformation des champs – open fields – en pâturages avec des droits de propriétés clairement définis. Ceci a pour conséquence de chasser de la campagne un grand nombre de paysans qui ne feront que survivre dans des villes anglaises surchargées.

More aura cette phrase célèbre : « vos moutons si doux, si faciles à nourrir de peu de chose, mais qui, à ce qu'on me dit, commencent à être si gourmands et si indomptables qu'ils dévorent même les hommes. ».

More nous livre une explication économique du vol, faisant ainsi une des premières contributions à ce qu'on appelle de nos jours l'économie du crime. Il critique fortement les politiques en vigueur qui visent moins à combattre le vol à la racine qu'à condamner les nécessiteux. More insiste sur la nécessité de combattre les causes économiques de la misère pour faire cesser le vol et non de bêtement combattre le vol pour le faire cesser.

La fin de vie de l'auteur est aussi brutale que son ascension : en 1529, il est nommé chancelier d'Angleterre ; le plus haut poste de l’État. Fervent catholique, More ne supportera pas les manœuvres de son roi afin de se remarier à une de ses maîtresses. Il démissionnera en 1532 suite à la volonté d'Henri VIII de se faire reconnaître comme le chef suprême de l'église d'Angleterre, au détriment du pape – ce qui sera approuvé par le parlement par la suite.

More refuse de prêter serment et d'accepter le dépouillement de l'autorité du pape en Angleterre ; il sera emprisonné, jugé et décapité le 6 juillet 1535. Il est canonisé en 1935. Preuve, s'il en est, que l'Histoire a le sens de l'humour : Thomas More et Thomas d'Acquin se retrouvent tout les deux saints alors que le premier fût défenseur du communisme, et l'autre, de la propriété privée.

Arnaud Deseau - Étudiant à l'Université catholique de Louvain

 

 Règlement et modalités :

  • Le présent concours d'écriture est organisé dans le cadre de l'Année Louvain des utopies pour le temps présent qui célèbre le 500e anniversaire de la publication de l'Utopie à Louvain. (https://www.uclouvain.be/utopies.html)

  • Ce concours est réservé aux étudiants de l'UCL.

  • Chaque participant – ou groupe de deux étudiants maximum – devra nous faire parvenir son utopie pour le temps présent avant le 17/04/2016 dernier délais à l'adresse suivante : arnaud.deseau@neweconomist.fr.

  • La forme de l'exercice est libre. Néanmoins, il est conseillé de coller à la forme adoptée par Thomas More dans Utopia. Rien de bien compliqué et nul besoin de lire l'ouvrage en entier. Une simple décomposition en chapitre décrivant votre vision d'une société idéale suffira. Exemple de la décomposition adoptée par More : 1) les villes et la capitale, 2) la justice, 3) les arts et métiers, 4) les rapports entre citoyens, 5) les voyages, 6) les esclaves, 7) la guerre, 8) les religions. Notez que le nombre de chapitres est libre tout comme le sujet de ceux-ci.

    Le texte proposé est admis sans limite de taille.

  • Les textes seront évalués par les membres de l'association New Economist. Les meilleures utopies dans les catégories suivantes seront récompensés : 1) la plus pragmatique, 2) la plus idéaliste et 3) la plus « fidèle à l'esprit » de l’œuvre originale.

Récompenses :

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